ÉDUCATION AUX MÉDIAS : Pour Valentine Roger, le crochet, ce n’est pas seulement pour les grand-mères
Dans le cadre du projet Classe Média au collège Jacques Brel, nous avons interviewé Valentine Roger, vice-championne du monde de Muay-thaï, épaulés par Léandre Leber, journaliste sportif du média amiénois « Gazette Sports ».
Le parcours sportif de Valentine Roger est impressionnant. Elle a d’abord participé à la Coupe de France de Muay-thaï en amateur, elle a ensuite enchaîné en quelques années : championnat de France amateur, Coupe de France, championnat de France en semi-pro puis en pro, et enfin Coupe du Monde. Elle a décroché l’année dernière le titre de vice-championne du monde en pro. Ses points forts sont la vitesse et la technique et ses coups favoris, les coups de coudes et les front kicks. Sa plus grande fierté a été la Coupe du Monde à Bangkok en 2023 car, alors qu’elle sentait son mental plus fragile que d’habitude, elle a tout de même remporté ce titre international !
Une athlète polyvalente
Devenir athlète de Muay-thaï ne faisait pourtant pas partie de ses rêves d’enfant ; elle souhaitait plutôt devenir professeure, archéologue ou encore exercer un métier lié au sport.
C’est grâce à un ami que Valentine a débuté le Muay-thaï et a ensuite décidé de se consacrer pleinement à ce sport pour lequel elle s’entraîne depuis 14 ans, au club « Muaythaï Amiens ».
Avant de découvrir le sport qui allait devenir sa passion, Valentine Roger était déjà une athlète polyvalente pratiquant la natation, l’équitation et l’athlétisme en compétition, elle a également suivi des études de sport à la fac de Staps.

Une alliée de poids
Avant chaque compétition, Valentine doit se soumettre à la pesée pour correspondre à sa catégorie (48 kg ou moins de 51kg) et par conséquent perdre (ou prendre) du poids dans un laps de temps limité. Elle peut, pour cela, compter sur une de ses meilleures amies, diététicienne et kinésithérapeute qui lui prépare un programme alimentaire et ainsi être prête pour la pesée.
Heureusement, en dehors des périodes de compétition, elle peut déguster ses plats préférés, les lasagnes ou encore le Khao Soï (une soupe de nouilles épicée) lorsqu’elle se trouve en Thaïlande.
Avant d’enfiler les gants
Pour ne pas être gênée pendant le combat, Valentine consacre du temps de préparation à sa coiffure, elle s’efforce de visualiser le combat et elle doit aussi gérer ses émotions, notamment le stress.
Très lié à la culture et la tradition, le Muay-thaï a ses propres rituels : une danse traditionnelle et guerrière précède le combat et des objets comme le « Mongkhon » qui se porte sur la tête et les « Pra jiad » qui se portent aux bras font partie de l’équipement de Valentine.

Abdos-Boulot-Bobos !
Entre la boxe pure et le renforcement musculaire, c’est entre cinq et sept fois par semaine que Valentine s’entraîne, ne s’accordant du repos que le week-end. Afin de mieux se préparer aux compétitions, elle se rend également régulièrement dans un camp en Thaïlande, elle y partait justement pour la 11e fois juste après notre rencontre en février 2025.
Pendant le combat, elle ressent tellement d’adrénaline qu’une fois, elle a eu le nez cassé et ne s’en est rendu compte qu’après, de retour dans les vestiaires. Valentine dit ne pas craindre les blessures, même si elle sait qu’en pratiquant le sport à ce niveau, elle risque des séquelles physiques.
Malgré son succès sur le ring, Valentine ne vit pas de son sport, les primes de combat sont insuffisantes et les bonus de victoire rares. Elle est par ailleurs enseignante spécialisée auprès d’adultes incarcérés à la Maison d’arrêt d’Amiens depuis six ans.
Le Muay-thaï perçu comme un sport d’hommes, laisse-t-il une place aux femmes ?
Le Muay-thaï est un sport mixte jusqu’à l’âge de 12 ans, ensuite les filles ont leurs propres catégories et ne côtoient les garçons qu’à certains entraînements. Si dans sa pratique au quotidien en club, Valentine ne se sent pas particulièrement concernée par les discriminations, elle nous confie en revanche qu’elle a déjà été visée par des propos sexistes sur les réseaux sociaux. Elle a pu aussi être parfois contrariée par certains titres journalistiques insistant davantage sur le fait qu’elle soit une femme plutôt que sur ses performances d’athlète, ce qui ne serait pas le cas pour un homme.
Raccrocher les gants ?

Si, en dehors du Muay-thaï, elle aime beaucoup la lecture, les jeux de société avec ses amis notamment « Zombicide », la méditation et le « Do it yourself », Valentine n’a pas du tout l’intention de raccrocher les gants et aimerait prendre sa revanche sur Djana Diakité, sa plus grande rivale qui l’a battue deux fois avec le même coup. Peut-être aura-t-elle aussi l’occasion de combattre contre Pedija, une jeune boxeuse thaïlandaise, qu’elle a vue combattre à ses débuts et qu’elle admire.
Partager sa passion
Elle aime partager sa passion et accepte volontiers de rencontrer un public scolaire. Cela lui permet de promouvoir son sport et de faire prendre conscience aux jeunes qu’ils sont entourés d’athlètes locaux de haut niveau, elle déclare aussi trouver ces échanges « très sympa » et nous a même fait cadeau d’une démonstration de ses coups favoris.
Cette interview a été réalisée par Ambre-Claire, Noémie, Sélène, Wendy, Hugo, Kylian, Gabin, Gauthier, Maxime, Lucile, Galaäd, Adam, Marcus, Sacha, Tom, Thelma, Antonin, Noah, Capucine, Lehyna, Cloé, Maxence-Noah, Léandre, Ethan et Jeanne, élèves de la classe de 4eB du collège Jacques Brel de Villers-Bretonneux.
Crédit photos : Collège Jacques Brel de Villers-Bretonneux.